Alan Turing : Le mathématicien et le grand point de bascule
Alan Turing est le nom que l’Histoire a retenu pour avoir contribué à briser les codes d’Enigma. Pourtant, réduire son héritage à la guerre serait passer à côté de l’essentiel. Le grand point de bascule de notre ère numérique est le fruit d’une longue chaîne d’intelligences humaines, dont il est l’un des pivots.
La Seconde Guerre mondiale ne se joue pas seulement dans les tranchées ; elle se gagne dans le silence et dans l’invisible, là où la vitesse de l’esprit mathématique finit par surpasser l’acier des canons.

Mais l’apport de Turing dépasse largement ce conflit. Dès 1936, bien avant les machines de guerre, il pose les fondations de l’informatique moderne en définissant le principe d’une machine capable d’exécuter n’importe quelle instruction.
Il ne construit pas seulement un outil : il redéfinit ce qu’une machine peut être.
En 1950, il ouvre une autre frontière en posant une question qui traverse encore notre époque : une machine peut-elle simuler l’intelligence humaine ?
Ainsi, Turing n’est pas seulement l’homme du décryptage. Il est celui qui relie trois mondes : la guerre, la machine et la pensée.
Le verrou Enigma : quand chaque message devient une tragédie
Mais l’apport de Turing dépasse largement ce conflit. Dès 1936, bien avant les machines de guerre, il pose les fondations de l’informatique moderne en définissant le principe d’une machine capable d’exécuter n’importe quelle instruction. Il ne construit pas seulement un outil : il redéfinit ce qu’une machine peut être.
En 1950, il ouvre une autre frontière en posant une question qui traverse encore notre époque : une machine peut-elle simuler l’intelligence humaine ?
Derrière chaque message dissimulé par Enigma, la tragédie est immédiate. Des convois de ravitaillement sont coulés dans l’Atlantique, des vies sont perdues par milliers, et des décisions sont prises à l’aveugle. L’information n’est plus un simple échange : elle devient une question de survie, où chaque message non décrypté peut entraîner une conséquence irréversible.
Conçue en 1918 par l’ingénieur allemand Arthur Scherbius, Enigma est à l’origine pensée pour un usage civil. Son objectif est de sécuriser les communications dans un monde où les échanges économiques prennent une importance stratégique croissante. Mais dans les années 1920, la machine change de nature. Elle est militarisée, renforcée, et progressivement transformée en un outil de domination informationnelle.
Avec l’ajout du Steckerbrett, un tableau de connexions enfichables permettant de permuter les lettres avant et après leur passage dans les rotors, Enigma franchit un seuil décisif. Ce mécanisme, en apparence simple, agit comme un multiplicateur de complexité. Chaque connexion modifie l’ensemble du système, rendant le chiffrement exponentiellement plus difficile à analyser. La machine ne se contente plus de chiffrer : elle devient une forteresse logique, générant des dizaines de milliards de milliards de combinaisons possibles.
Dans ce système, la stabilité n’existe pas. Chaque nuit, à minuit, les réglages sont entièrement modifiés. Le code d’hier devient inutile, celui d’aujourd’hui reste inconnu. Le monde change de logique en silence, et l’humain se retrouve face à une mécanique qui évolue plus vite que sa capacité naturelle de calcul.
Dans cette histoire, ATOOLPHA rappelle une évidence souvent oubliée : les pionniers du décryptage d’Enigma ne sont pas Britanniques, mais Polonais. Dès 1932, les mathématiciens Marian Rejewski, Jerzy Różycki et Henryk Zygalski parviennent à comprendre la logique interne des rotors allemands. Leur approche ne repose pas sur la force brute, mais sur une reconstruction rigoureuse du système, fondée sur la structure mathématique du chiffrement.
En juillet 1939, dans la forêt de Pyry, près de Varsovie, ils prennent une décision déterminante. Conscients de l’imminence du conflit, ils transmettent leurs méthodes, leurs outils et leurs répliques d’Enigma aux services français dirigés par le colonel Gustave Bertrand, qui assurera ensuite la continuité vers les Britanniques. Ce passage de relais, discret et sans éclat, constitue une véritable clé de voûte.
Sans cette transmission, les Alliés auraient dû affronter Enigma sans base préalable, retardant de plusieurs années toute capacité de décryptage. La bataille de l’invisible n’aurait pas commencé avec une avance stratégique, mais dans le noir absolu.
Dès la fin de l’année 1939, Alan Turing et Gordon Welchman reprennent ce flambeau dans le secret de la Hut 8 à Bletchley Park. Leur travail ne consiste pas à repartir de zéro, mais à prolonger et amplifier la logique initiée par les cryptologues polonais. Ils transforment une avancée intellectuelle en un système opérationnel capable de fonctionner en continu.
Cette transformation donne naissance à la « Bombe britannique », une machine électromécanique conçue pour explorer systématiquement les configurations possibles d’Enigma et en déduire les réglages quotidiens. Il ne s’agit pas de lire directement les messages, mais d’identifier les conditions permettant de les comprendre. La « Bombe » n’a rien d’une arme explosive : c’est une armoire d’une tonne, pensée comme un outil de survie, appliquant une méthode logique avec une rigueur mécanique.
Très vite, l’échelle change. Entre 1941 et 1945, des centaines de Bombes fonctionnent en parallèle, jour et nuit. La puissance ne réside plus dans une machine unique, mais dans leur coordination. Pendant que l’Europe lutte pour maintenir cet effort, les États-Unis relaient et amplifient ce dispositif en déployant des systèmes similaires, notamment à Dayton (Ohio), afin de protéger leurs convois maritimes.
Les informations issues de ces décryptages sont regroupées sous le nom de code ULTRA. Elles permettent d’anticiper les mouvements ennemis, de sécuriser les routes maritimes et d’orienter les décisions stratégiques majeures. Le décryptage cesse d’être une prouesse technique isolée : il devient un facteur déterminant dans l’issue du conflit, notamment lors du Débarquement.
Mais le véritable séisme pour l’humanité est théorique. En 1936, Alan Turing publie dans les Proceedings of the London Mathematical Society un article fondateur :
“On Computable Numbers”.
Ce texte, aujourd’hui conservé dans les archives académiques et documenté dans plusieurs institutions dédiées à l’histoire de l’informatique, ne présente pas une machine réelle, mais une idée. Une structure logique capable de définir ce qu’une machine peut calculer.
Jusqu’ici, la machine était un objet palpable, fait de métal et de mouvement, contraint par sa forme et par sa fonction. Avec cette publication, elle change de nature : elle devient une idée. Elle s’affranchit de sa chair métallique pour entrer dans le domaine de la logique.
Là où l’architecte Charles Babbage construisait une machine dédiée à une tâche précise, Alan Turing conçoit une structure capable d’exécuter n’importe quelle instruction, à condition qu’elle soit correctement formulée. La machine n’est plus définie par ce qu’elle est, mais par ce qu’elle peut faire.
La puissance ne réside plus dans le poids de l’objet, ni dans la complexité de sa mécanique, mais dans la structure de l’instruction qui la guide. Une bascule silencieuse s’opère : le calcul devient universel.
C’est ici que naît une séparation fondamentale, toujours au cœur de notre monde numérique :
le matériel, support physique de l’exécution,
et le logiciel, ensemble des instructions qui donnent sens à la machine.
Comprendre cette rupture, c’est comprendre que la machine ne pense pas. Elle exécute ce que l’humain a su formaliser.
La transition vers l’électronique pure s’opère en 1943, lorsque l’ingénieur Tommy Flowers conçoit le Colossus, une machine utilisant jusqu’à 2 400 tubes à vide, pensée pour casser les codes Lorenz du haut commandement nazi. Pour la première fois, le calcul quitte le domaine du mouvement mécanique pour circuler à la vitesse du signal électrique.
Pourtant, cette avancée ne supprime en rien la réalité physique de la machine. La Souveraineté Sensorielle reste profondément sollicitée, voire brutalement éprouvée. La vitesse du calcul augmente, mais les conditions de travail demeurent extrêmes.
Derrière cette puissance invisible, ce sont des milliers d’opératrices — les Wrens, membres du Women’s Royal Naval Service — qui assurent le fonctionnement quotidien du système. Leur travail est physique, répétitif et d’une précision absolue : brancher, ajuster, surveiller, corriger, sans relâche.
Dans des salles surchauffées par les tubes à vide, saturées de bruit et de tension, elles maintiennent la machine en activité. Le calcul s’accélère, mais l’humain reste au cœur du processus.
Cette matérialité brute se révèle avec une précision presque ironique le 9 septembre 1947. Ce jour-là, à 15h45, l’équipe de la pionnière Grace Hopper enquête sur une panne affectant le calculateur géant Harvard Mark II. En ouvrant le panneau de contrôle, ils découvrent l’origine du dysfonctionnement : un papillon de nuit, écrasé dans le relais électromécanique numéro 70, panneau F.
L’insecte est extrait avec soin, puis consigné dans le journal de bord avec une mention devenue célèbre. Le premier “bug” est documenté.
Cette scène, aussi simple qu’inattendue, ancre l’informatique dans une réalité tangible. Elle rappelle que, malgré la complexité apparente des machines, les causes restent souvent physiques, concrètes, localisées.
Pour ATOOLPHA, la leçon est absolue : une panne informatique n’est pas une manifestation mystérieuse, ni une forme de rébellion de la machine.
C’est un événement réel, identifiable.
En 1950, Alan Turing propose ce qui peut être considéré comme le test ultime de cette nouvelle ère : le Test de Turing. Son principe est simple en apparence : évaluer si une machine peut simuler une conversation humaine au point de tromper un interlocuteur.
Mais une limite apparaît immédiatement.
Simuler l’intelligence par le calcul n’est pas éprouver l’existence.
La machine peut produire des réponses cohérentes, enchaîner des mots, reproduire des structures. Elle peut imiter.
Mais elle ne comprend pas, ne doute pas, ne ressent pas. Elle exécute.
Ce test ne prouve pas la naissance d’une conscience.
Il met en évidence la puissance… et les limites de l’imitation.
À cette époque, au Royaume-Uni, l’homosexualité est considérée comme un crime. En 1952, Alan Turing est poursuivi après la révélation de sa relation avec un jeune homme. Plutôt que la prison, il accepte une peine de castration chimique, qui affecte profondément son corps et son esprit.
Deux ans plus tard, en 1954, il meurt.
L’homme qui a contribué à sauver des millions de vies se retrouve condamné par la société qu’il a aidé à protéger. Cette injustice rappelle une réalité essentielle : le progrès technique n’implique pas toujours un progrès humain.
La machine accélère.
L’humain doit ralentir pour comprendre.
Après le fracas de la guerre, la question technologique change de nature. Il ne s’agit plus seulement de casser un code, mais de concevoir des machines capables d’apprendre des modèles, d’identifier des régularités et d’anticiper sans qu’on leur décrive chaque étape.
Une nouvelle étape s’ouvre : la logique ne se contente plus d’exécuter, elle commence à s’adapter.
Légende et Historiques
Arthur Scherbius (1878–1929)
Ingénieur allemand et inventeur originel de la machine Enigma, Arthur Scherbius conçoit dès 1918 un système de chiffrement destiné au monde civil, notamment aux banques et aux entreprises souhaitant protéger leurs communications sensibles.
Son intention initiale n’est pas militaire, mais économique : sécuriser les échanges dans un monde où l’information devient une valeur stratégique. Enigma naît donc d’un besoin de confiance dans les transactions humaines, bien avant de devenir un outil de guerre.
Ce basculement est fondamental. Il montre que la cryptographie moderne ne prend pas racine dans la destruction, mais dans la protection. L’usage militaire ne fait qu’amplifier une logique déjà présente : celle de préserver l’intégrité de l’information.
Pour ATOOLPHA, cette origine est essentielle. Elle rappelle que toute technologie porte en elle une intention première. Comprendre cette intention, c’est déjà reprendre une part de souveraineté sur son usage.
Le Steckerbrett
Tableau de connexions frontal de la machine Enigma, le Steckerbrett constitue l’un des éléments les plus déterminants de sa complexité. Il se présente sous la forme d’un panneau où des câbles sont branchés manuellement afin de permuter les lettres entre elles avant et après leur passage dans les rotors.
Ce mécanisme, en apparence simple, agit comme un multiplicateur de complexité. Chaque connexion modifie profondément le résultat final, rendant le chiffrement exponentiellement plus difficile à percer. Ce n’est pas la machine en elle-même qui devient inviolable, mais la combinaison des réglages quotidiens, dont le Steckerbrett est la clé.
Ainsi, une machine conçue à l’origine comme un outil de chiffrement devient une véritable forteresse logique. Le Steckerbrett transforme une mécanique lisible en un système dynamique, où chaque jour redéfinit entièrement les règles du jeu.
Pour ATOOLPHA, ce composant illustre une vérité essentielle : la puissance d’un système ne réside pas uniquement dans sa structure, mais dans la manière dont ses éléments sont configurés. Comprendre une machine, ce n’est pas seulement observer ses pièces, c’est saisir la logique invisible qui les relie.
Les Héros Polonais
Marian Rejewski, Jerzy Różycki et Henryk Zygalski forment le premier rempart invisible face à la machine Enigma. Dès 1932, ces mathématiciens polonais parviennent à comprendre la logique interne du système allemand, non pas par la force brute, mais par une maîtrise rigoureuse des structures mathématiques.
Leur approche marque une rupture : ils ne cherchent pas à démonter la machine physiquement, mais à en reconstruire le fonctionnement logique. Ils ouvrent ainsi la voie à une nouvelle manière de penser la cryptanalyse, fondée sur la compréhension plutôt que sur l’observation.
En juillet 1939, à Pyry, près de Varsovie, ils transmettent leurs méthodes, leurs outils et leur savoir aux services français et britanniques. Ce passage de relais est décisif. Il permet aux Alliés de ne pas partir de zéro face à Enigma, mais de s’appuyer sur une base déjà maîtrisée.
Sans cette transmission, la bataille du décryptage aurait été retardée de plusieurs années, avec des conséquences humaines et stratégiques majeures.
Pour ATOOLPHA, leur rôle est fondamental : ils incarnent une vérité souvent oubliée de l’Histoire. Les grandes ruptures ne sont jamais le fait d’un seul homme, mais le résultat d’une intelligence collective, discrète, précise et profondément humaine.
Gustave Bertrand
Officier du renseignement français, Gustave Bertrand joue un rôle discret mais déterminant dans la coopération européenne autour du décryptage d’Enigma. À la tête des services français de cryptanalyse, il agit comme un véritable relais stratégique entre les équipes polonaises et les futurs centres britanniques de Bletchley Park.
Son action ne repose pas sur la découverte technique directe, mais sur la circulation de l’information. Il comprend très tôt que la victoire ne viendra pas d’un seul pays, mais d’une mise en commun des savoirs. En facilitant les échanges, en protégeant les informations sensibles et en assurant la continuité entre les acteurs, il permet à une intelligence collective de se structurer.
C’est notamment sous son impulsion que les travaux des cryptologues polonais sont transmis aux Alliés à la veille de la guerre, évitant ainsi une perte de temps critique face à Enigma.
Pour ATOOLPHA, Gustave Bertrand incarne une dimension souvent invisible mais essentielle : la souveraineté ne se construit pas uniquement dans la création, mais aussi dans la transmission et la coordination. Sans lien, sans relais, même la meilleure connaissance reste isolée.
Hut 8 (Bletchley Park)
La Hutte 8, au cœur du site secret de Bletchley Park, constitue l’épicentre physique du décryptage des communications de la marine allemande. C’est dans cet espace discret, presque banal en apparence, que se joue une bataille décisive, loin du front visible.
Dirigée par Alan Turing, cette unité est spécialisée dans le décryptage des messages chiffrés par Enigma utilisés par les U-Boote allemands. L’enjeu est vital : contrôler l’information maritime, c’est protéger les convois et maintenir les lignes d’approvisionnement entre les continents.
La Hutte 8 n’est pas seulement un lieu de travail. C’est un point de convergence entre mathématiciens, linguistes, ingénieurs et opérateurs. Chaque message intercepté est une énigme, chaque solution une victoire invisible.
Dans cet espace confiné, la logique devient une arme. Le bruit des machines, la tension constante et l’urgence des décisions créent une atmosphère où la pensée humaine est poussée à son extrême.
Pour ATOOLPHA, la Hutte 8 incarne une vérité essentielle : les grandes ruptures technologiques ne naissent pas dans des laboratoires isolés, mais dans des lieux où les intelligences se croisent, collaborent et se confrontent sous pression.
Alan Turing (1912–1954)
Mathématicien britannique, Alan Turing est l’architecte du basculement logique qui fonde l’informatique moderne. Son apport ne réside pas seulement dans la construction de machines, mais dans la manière de les penser.
En 1936, avec son travail théorique sur la Machine de Turing, il pose une idée fondamentale : une machine peut exécuter n’importe quelle suite d’instructions si celles-ci sont correctement formulées. Il ne s’agit plus de créer une machine pour une tâche, mais de concevoir un système capable de traiter toute logique.
Cette rupture introduit une séparation universelle qui structure encore notre monde aujourd’hui :
le matériel (hardware), support physique de l’exécution,
et le logiciel (software), ensemble des instructions qui donnent un sens à la machine.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Turing met cette vision en pratique à Bletchley Park, contribuant au décryptage des communications allemandes. Mais son héritage dépasse largement le cadre militaire : il transforme définitivement la relation entre l’humain et la machine.
Pour ATOOLPHA, Alan Turing incarne une vérité centrale : la puissance d’une machine ne vient pas de sa forme, mais de la clarté de la pensée qui la dirige. Comprendre cette séparation, c’est déjà reprendre le contrôle sur l’outil.
“On Computable Numbers” (1936)
Article scientifique fondateur publié par Alan Turing en 1936, On Computable Numbers constitue l’un des textes les plus déterminants de l’histoire de l’informatique. Dans ce travail théorique, Turing ne construit pas une machine réelle : il en définit le principe universel.
Il y décrit une machine abstraite capable de lire, écrire et modifier des symboles sur une bande potentiellement infinie, en suivant une suite d’instructions précises. Cette “Machine de Turing” n’est pas un objet physique, mais un modèle logique permettant de comprendre ce qu’une machine peut, ou ne peut pas, calculer.
Ce texte introduit une idée essentielle : toute opération complexe peut être décomposée en une série d’étapes simples, exécutables mécaniquement. C’est la naissance du concept de calcul universel.
Pour ATOOLPHA, cet article marque une rupture silencieuse mais absolue. La machine quitte définitivement le monde du métal pour entrer dans celui de la pensée. Comprendre cette transition, c’est saisir que la véritable puissance de l’informatique ne réside pas dans la matière, mais dans la structure des idées.
Nom de code des renseignements stratégiques issus du décryptage allié.
La Bombe
Dispositif de calcul électromécanique conçu pour analyser la logique d’Enigma, la Bombe est un outil spécialisé dans la recherche des réglages quotidiens des rotors. Elle ne déchiffre pas directement les messages : elle explore systématiquement les combinaisons possibles afin d’identifier celles qui respectent certaines contraintes logiques.
Son fonctionnement repose sur un principe simple en apparence mais redoutable en pratique : tester rapidement des hypothèses pour éliminer l’impossible et isoler le probable. Là où l’humain serait submergé par le nombre de possibilités, la machine applique une méthode rigoureuse, répétitive et inlassable.
Développée à partir des travaux polonais puis perfectionnée à Bletchley Park par Alan Turing et Gordon Welchman, la Bombe marque une étape décisive dans l’industrialisation du raisonnement logique. Elle transforme une réflexion mathématique en un processus mécanique continu.
Pour ATOOLPHA, la Bombe illustre une vérité essentielle : la machine n’est pas intelligente, elle est disciplinée. Elle ne comprend pas le problème, mais elle applique une méthode sans jamais faiblir. La souveraineté reste du côté de celui qui définit les règles du jeu.
Tommy Flowers & Colossus (1943)
Ingénieur britannique spécialisé dans les systèmes téléphoniques, Tommy Flowers conçoit en 1943 le Colossus, considéré comme le premier ordinateur électronique programmable opérationnel. Contrairement aux machines électromécaniques précédentes, Colossus fonctionne exclusivement à l’aide de tubes à vide, marquant un passage décisif vers le traitement électronique pur.
Son objectif n’est pas de remplacer Enigma, mais de s’attaquer à un système encore plus complexe : le chiffrement Lorenz, utilisé par le haut commandement allemand. Pour y parvenir, Flowers fait un pari audacieux pour l’époque : utiliser des milliers de composants électroniques en continu, malgré la crainte généralisée de leur instabilité.
Ce choix transforme la machine. Elle devient plus rapide, plus fluide, et capable de traiter des volumes d’informations inaccessibles jusque-là. Le calcul n’est plus ralenti par des mouvements mécaniques : il circule désormais à la vitesse de l’électricité.
Colossus ne se contente pas d’améliorer les performances existantes. Il change la nature même de la machine. Le traitement de l’information quitte définitivement le domaine du mouvement physique pour entrer dans celui du signal électronique.
Pour ATOOLPHA, Tommy Flowers incarne une transition essentielle : celle où la machine cesse d’être un assemblage de pièces en mouvement pour devenir un flux maîtrisé d’énergie et de logique. Comprendre ce passage, c’est comprendre l’origine de la vitesse qui définit encore notre monde numérique aujourd’hui.
Les Wrens (Women’s Royal Naval Service)
Derrière les machines de décryptage de Bletchley Park, des milliers d’opératrices, membres du Women’s Royal Naval Service, assurent le fonctionnement quotidien du système. Surnommées les Wrens, elles ne conçoivent pas les machines, mais elles les font vivre.
Leur rôle est essentiel et exigeant : brancher les câbles, configurer les connexions, surveiller les résultats, ajuster les paramètres, répéter les opérations sans erreur. Ce travail est physique, minutieux et continu. Dans des conditions souvent difficiles — chaleur, bruit, pression — elles maintiennent la machine en activité, heure après heure.
Sans elles, aucune logique ne s’exécute. La machine, aussi puissante soit-elle, reste inerte sans intervention humaine.
Leur présence rappelle une vérité fondamentale : l’informatique naissante n’est pas seulement une affaire de théories ou de machines, mais de gestes, de discipline et d’endurance humaine. La précision du corps complète la rigueur de l’esprit.
Pour ATOOLPHA, les Wrens incarnent la Souveraineté de la Main dans sa forme la plus concrète. Elles démontrent que derrière chaque avancée technologique se trouve une action humaine répétée, maîtrisée et indispensable.
Grace Hopper & le “Bug” (1947)
Le 9 septembre 1947, à 15h45, une panne immobilise le calculateur géant Harvard Mark II. L’équipe dirigée par la pionnière Grace Hopper enquête méthodiquement sur l’origine du dysfonctionnement.
En ouvrant le panneau de contrôle, ils découvrent la cause exacte : un papillon de nuit, coincé dans un relais électromécanique, empêchant le passage du courant. L’insecte est extrait avec précaution, puis scotché dans le journal de bord avec la mention devenue historique :
“First actual case of bug being found.”
Ce fragment de réalité, toujours conservé aujourd’hui, constitue une trace tangible des débuts de l’informatique. Il donne naissance au terme “bug”, désormais universel pour désigner une erreur ou une panne.
Pour ATOOLPHA, cette scène possède une valeur fondamentale. Elle rappelle que derrière la complexité apparente des machines, les causes restent souvent simples, concrètes et identifiables. La panne n’est pas une manifestation mystérieuse, mais un événement physique localisé.
Comprendre cela, c’est déjà reprendre le contrôle.
Le Test de Turing (1950)
Proposé par Alan Turing dans son article “Computing Machinery and Intelligence”, le Test de Turing n’est pas un test de conscience, mais un critère opérationnel d’évaluation du comportement.
Son objectif est précis : déterminer si une machine est capable de produire des réponses linguistiques indistinguables de celles d’un humain, dans le cadre d’un échange écrit avec un interrogateur qui ne voit pas ses interlocuteurs.
Le protocole est simple en apparence :
un juge humain dialogue à distance avec deux entités — un humain et une machine — sans savoir qui est qui. Si, au terme de l’échange, le juge ne parvient pas à identifier de manière fiable la machine, celle-ci est considérée comme ayant réussi le test.
Ce que Turing propose ici n’est pas de définir ce qu’est l’intelligence, mais de remplacer une question insoluble (“une machine peut-elle penser ?”) par une épreuve observable (“peut-elle se comporter comme si elle pensait ?”).
Le test mesure donc une capacité d’imitation comportementale, fondée sur le langage et le raisonnement apparent. Il ne dit rien de l’expérience interne, de la compréhension réelle, ni de l’existence d’une conscience.
Pour ATOOLPHA, la distinction est fondamentale :
réussir le Test de Turing signifie être capable de simuler une intelligence, non d’en posséder une. L’illusion peut être parfaite, mais elle reste une construction.
















